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Mon regard sur "Gloire et déclin apocalyptique" de Macaire Etty

Publié le par KBENJAMIN

Mon regard sur "Gloire et déclin apocalyptique" de Macaire Etty

Gloire et déclin apocalyptique

Une œuvre romanesque de 200 pages comportant douze chapitres, parue aux éditions dhArt au Canada en 2012. Elle est préfacée par Josué Guebo, écrivain ivoirien et président de l’AECI (Association des Ecrivains de Côte d’Ivoire). L’auteur se nomme Macaire Etty. Il est enseignant de formation, écrivain, critique littéraire, bloggeur. Gloire et déclin apocalyptique est son premier livre publié.

Pour l’histoire, Tounka, le Roi-Courage, était un roi valeureux ayant succédé à son père, au décès de ce dernier. Il n’était pas marié. Toutes les jeunes filles du royaume n’avaient pas été jugées dignes de porter sa future progéniture. Or, il avait besoin d’un enfant-mâle pour lui succéder. Le temps, témoin privilégié de cette absence d’héritier, s’égrenait. Toujours fugitif, insaisissable. Le peuple piaffait d’impatience, las d’attendre un mariage et un enfantement qui n’arrivaient pas et qui n’arriveront peut-être jamais. Avec son corollaire de révolte. « Une révolte se prépare, Roi-Courage. Si vous n’ouvrez pas votre cœur à une femme, notre royaume va enregistrer un terrible soulèvement qui risque de balayer votre admirable règne ». Lors d’une cérémonie festive, la donne changea quand le roi, parmi cette foule d’invités, croisa le regard d’une jeune fille. Exceptionnelle ! « Elle scintillait comme une luciole dans une nuit sans lune ». « Tounka, subjugué, pétrifié par tant de perfection, s’arrêta à son niveau pour mieux l’admirer. » (P.47) Ce fait fut connu, su et remarquer singulièrement par tous ceux qui étaient présents. Le roi avait enfin trouvé une pointure à ses pieds, celle qui sera la chair de sa chair et os de ses os. Il avait enfin trouvé celle qui allait être sa femme, la future reine des Kly. Son nom: Miella.

Le Roi-Courage était loin de se douter qu’elle était non seulement une fille à problèmes, mais aussi le problème. Tounka refusa d’entendre raison, malgré la mise en garde pressante et lucide de son plus proche conseiller Kabi. Ah, quand le malheur vient frapper à ta porte, tu restes sourd. Miella allait être l’objet d’une guerre fratricide entre deux frères ennemis. Elle était l’épicentre d’une vieille querelle qui couvait depuis des lustres. Comme un volcan en sommeil qui s’apprêtait à projeter ses coulées de laves issues des entrailles de la terre. Ce qu’elle a couvé depuis bien longtemps. Ah, Miella. Ah, Beauté mystérieuse et diabolique ! Envoyée des dieux pour punir les hommes. Tu t’apprêtes à faire couler hélas, mille fois hélas, des effluves de sang des Kly et des Kla. A la grande satisfaction de Yalleh qui a attendu et entretenu cette guéguerre depuis longtemps. Impossible de faire entendre raison au suzerain. Surtout qu’il tient le bon bout cette fois-ci. Impossible qu’il lâche cette proie qu’il a attendu depuis longtemps pour se délecter de son nectar paradisiaque. Tous ceux qui iront contre ce bonheur royal seront considérés comme des scélérats, des ennemis dignes de passer de vie à trépas. Ah, Miella ! Toi dont la beauté fait tourner la tête des rois. Beauté fatale. Beauté mortelle !

Au moment de la préparation des noces du roi, Miella fut enlevée par les Kla. Une initiative d’Abadi, fils du roi des Kla. Le roi Tounka envoya des émissaires. Sur conseil de Kabi, le fidèle parmi les fidèles. Le but était de voir dans quelle mesure ils pourraient faire rentrer Miella au palais. Sans faire de vagues. C’était peine perdue ! Car l’échec fut au rendez-vous. Retentissant !

S’appuyant sur les paroles d’un groupe de conseillers qu’il réussit à rallier à sa cause guerrière, par la corruption- l’achat de conscience, le roi Tounka eut la majorité « absolue » pour déclencher les hostilités d’une guerre sanglante et sans appel. Avec la bénédiction de la Reine-Mère, sa mère. C’est ce qui arriva. A la grande satisfaction de Yalleh, le monstre ! Le Traitre ! L’Ami de la Mort, de la Dévastation, de la Désolation, de la Pauvreté, de la Famine ! Ah, Miella l’étrange Etrangère! Beauté fatale ! Beauté-piège ! Beauté mortelle ! Qu’as-tu fait ? Oui, qu’as-tu fait ?

Macaire Etty a réussi à concilier à la fois une trame romanesque et dramatique. Les deux genres se conjuguent harmonieusement pour le plaisir des sens. Ils donnent à voir une œuvre belle, plaisante. Un « N’zassa », d’une lecture facile et aisée. Le choix de la police de caractère y est pour quelque chose. Beaucoup d’adages et de métaphores peuplent et colonisent les pages de l’œuvre. Un texte très didactique, aussi bien dans le fond que dans la forme. Ce roman contient des phrases très fortes : « Vos conseils constituent la lueur qui éclaire mon chemin. Malheur au roi qui n’écoute que son cœur ! », « Le courage ne consiste pas à affronter le danger. Le véritable courage consiste à ne jamais baisser les bras, à persévérer jusqu’à la victoire », « La création artistique, pensait souvent le roi Tounka, est sûrement la meilleure voie pour domestiquer les ardeurs belliqueuses des peuples », « Un roi a besoin de demeurer un être humain. Plus il est accessible, plus son règne donne les meilleurs résultats. », « La beauté de la femme est la cause principale de tous les conflits. Et l’histoire est souvent cyclique. Aux hommes de savoir l’interroger. »

Le registre plastique de l’œuvre nous montre l’image d’une première de couverture abstraite qui pèche par la dissonance avec le contenu de l’œuvre. Elle ne montre rien de concret qui ait un rapport avec le contenu de l’œuvre. La tragédie n’est pas présente dans le choix chromatique et elle n’est pas en adéquation avec le titre « Gloire et déclin apocalyptique ». Titre qui est en réserve de blanc sur un fond vert ciselé. Une autre police de caractère aurait traduit au mieux le fond de ce texte. Au plan chromatique, il y a une dominance de verts (clair et foncé). Bien que le vert soit symbole de l’espérance, il est opposé à la fin du récit. Qui ne laisse présager aucune lueur d’espoir. Plutôt le chaos. L’apocalypse. Même si l'image de couverture est abstraite – non figurative- privée de la reconnaissance d’une réalité tangible- il aurait été judicieux de mettre en valeur cette œuvre par une image figurative ou non, accrocheuse, à même d’attirer le lecteur et favoriser l’achat(en librairie). Cette image abstraite est loin de mettre en valeur le titre et le contenu de l’œuvre. Volonté délibérée de l’éditeur ? Possible. Toujours est-il qu’une image « parlante » et expressive aurait été la bienvenue pour mettre davantage en relief ce texte romanesque qui, personnellement, m’a séduite. Mais peut-être pas au même degré que celle de la belle Miella à l’endroit de Tounka, le Roi -Courage. Qu’importe !

Le registre sémantique quant à lui nous plonge dans l’univers des gouvernants et autres acteurs ayant une once de responsabilité dans le tissu social. L’auteur met le doigt sur les sentiments qui font souvent obstacle à la raison. Sans compter les pots-de-vin, l’entêtement, l’orgueil, la pléthore de conseillers qui ne servent souvent à rien… Avis aux gouvernants de nos républiques bananières. L’amour est aveugle, dit l’adage. Certes. Mais cet aveuglement ne saurait être un prétexte pour conduire tout un peuple à l’abattoir. L’immoler sur l’autel des ambitions égoïstes, démesurées, voire libidinales. Fut-ce sous le fallacieux prétexte de l’aimer. Les personnages principaux et secondaires sont bien campés, avec des traits de caractères bien trempés les singularisant.

Une œuvre de très belle facture, profonde, métaphorique, éducative, pleine d’humanisme et d’humanité. Je retiens de cette œuvre une chose essentielle: nos dirigeants, à quelques niveaux que ce soit, gagneraient à user de sagesse et de discernement dans leur rapport avec leurs peuples. Afin de leur éviter des lendemains incertains et infernaux. Comme ce fut le cas pour les peuples Kly et Kla. Car le déclin n’est pas loin. Surtout quand on le provoque. Volontairement.

Je taris d’éloges pour cette œuvre romanesque que je recommande vivement à tous ceux qui aiment la bonne littérature.

Chapeau, Maître Macaire ! Orfèvre des mots ! Toi qui marques l’ère de l’éthique littéraire avec cette œuvre de belle facture !

Benjamin Kouadio, auteur de BD, illustrateur, blogueur.

Publié dans Publications

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Bonne année 2014!

Publié le par KBENJAMIN

Bonne année 2014!

Je souhaite le meilleur pour vous en cette année 2014. Un meilleur qui soit en accord avec la volonté du Décideur Divin. Lui qui sait ce qui est bien pour nous.

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